Sunday, December 17, 2006

"Un écrivain engagé, c'est un rigolo, un cuistre"

Vos livres et vos prises de position politiques ne cessent de susciter des controverses houleuses. On a l'impression que vous aimez provoquer l'ire de vos contempteurs?

"Nous assistons impavides à une véritable offensive contre le langage. Nous sommes quasiment dans une société post-orwelienne, qui n'a pas besoin de contrôler le langage, elle a juste besoin de le niveler pour qu'il soit complètement inoffensif. Je fais scandale parce que j'emploie à peine quelques gros mots! Ma syntaxe et la manière dont j'emploie les mots font choc, car dans les universités, les écoles de journalisme, et à l'école élémentaire aussi, on apprend à être le plus consensuel et le plus soft possible. Il ne faut surtout pas choquer la personne en face de vous. Et surtout, il ne faut pas choquer le "bon" musulman. Fustigez qui vous voudrez, mais surtout pas l'islam! On nous demande de nous écraser, d'être gentils, gentils!"

Vous critiquez l'islam avec véhémence. Seriez-vous islamophobe?

"Je suis chrétien. Je fais la distinction entre les idées et les personnes. Il y a des musulmans modérés et des musulmans radicaux, voire fanatiques, mais il n'y a qu'un seul islam. Ceux qui, comme le psychanalyste Malek Chebel, affirment qu'il y a d'un côté les islamistes et d'un autre côté l'islam, sont au mieux des imposteurs. Il suffit de lire le Coran. Moi, je m'appuie toujours sur les textes. Si on veut comprendre le marxisme, on lit Marx. Si on veut comprendre le nazisme, on lit Hitler. Si on veut comprendre le fascisme, on lit Mussolini. On est bien d'accord là-dessus? Donc, si on veut comprendre l'islam, on ouvre le Coran. Et, quand on lit le Coran, on comprend qu'il n'y a effectivement aucune différence entre islam et islamisme. L'islamisme, ce n'est que la traduction activiste, "proactive", comme on dit au Québec, de l'islam. Les islamistes disent simplement: "On va appliquer l'islam". C'est tout!"

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Thursday, August 17, 2006

BIENVENUE AU QUEBECKISTAN

Maurice G. Dantec (egards.qc.ca)
Par Resno, dimanche 13 août 2006 à 13:21 (Occidentalis)


Le numéro deux du club de retraités nommé Al-Qaeda s’est fait entendre, avant-hier, sur sa station de télévision préférée, entre un sketch de Dieudonné et une lecture publique en langue bédouine des œuvres complètes de M. Falardeau.

Après des jours et des jours de Grand Magic Circus pro-islamiste dans toutes les capitales « occidentales », qui n’ont plus d’occidentales que le nom, l’allocution du débile mental enturbanné était, en fait, à la fois ridicule (comme toujours), pathétique (pour ceux dont la compassion s’éveille à la vue d’un chamelier semi-illettré) et surtout parfaitement inutile.

En effet, en proclamant l’union de tous les combattants du Jihad pour refonder le « Califat » de l’Irak à l’Espagne, le bédouin cavernicole a semble-t-il raté un épisode de la récente évolution de ce qui fut un jour l’Europe, celle qui disparaît des radars de l’histoire au moment même de sa « constitution »...

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Wednesday, August 02, 2006

LES CENT MILLIONS DE MORTS DU COMMUNISME SONT DES CONS

Maurice G. Dantec (RING)

Un document condamnant "les crimes commis par les régimes communistes totalitaires" a été rejeté mercredi soir par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Telle est la teneur de la dépêche AFP que j'ai reçu ce matin. Il y a des matins qui valent leur pesant d'armes de destruction massive !

Cela continuait ainsi : Le projet de recommandation présenté aux parlementaires au terme de trois heures de débat, n'a pas atteint la majorité requise des deux-tiers pour être adoptée. Le document réclamait notamment "une déclaration officielle en faveur de la condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires" ainsi que l'organisation d'une conférence internationale sur ces crimes.

On pouvait se dire jusque là qu'il devait s'agir d'un malentendu. Voyons, c'était impossible, pensez donc : cette Super-Europe démocratique dont la Constitution turcopéenne est en cours de réécriture, cette Reine des droizumains, cette Impératrice des libertés de la femme et du louveteau sauvage, elle si prompte à dénoncer, partout dans le monde, les odieuses résurgences du Fâ-âscisme, comme l'horrible Naméricain Georges Bush qui ne fait rien qu'a nembêter nos chers amis Zarabes, non, cela devait être une erreur, voyons, toute cette magnifique Europe des Droits de l'Homme n'avait-elle pas chanté à l'unisson avec le peuple allemand lors de la Chute du Mur de Berlin ?

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Thursday, June 29, 2006

AGENT PROVOCATEUR

Du rôle social ou politique de l’écrivain

Conférence-débat du 2 avril 2005 — Festival Métropolis-Bleu, hôtel Hyatt-Regency, Montréal.Texte paru sur le site de la revue EGARDS et sur la station spatiale pour écrivains.


LE SENS DES MOTS

Lorsque Métropolis-Bleu m’a fort aimablement offert de participer à son festival et qu’on m’a envoyé le titre de la manifestation dont je serai l’animateur principal, je ne vous le cacherai pas, j’ai failli refuser net.
Sur le tout premier document que j’avais reçu, accompagnant l’invitation, j’avais pu lire : du rôle social et politique de l’écrivain. Cela m’avait paru aussitôt un excellent point de départ pour me faire salement remarquer, en prenant l’exact contre-pied de la proposition afin de démontrer que les écrivains, de tous temps, sous toutes les latitudes, sous tous les régimes, ont précisément dû choisir entre les deux options : écrire pour la société, et donc être le valet des divers pouvoirs dont elle est constituée – tout particulièrement la « Culture », ou bien être un écrivain a-social, et donc POLITIQUE, c’est-à-dire – comme le disait Léon Bloy il y a un siècle : un « entrepreneur en démolitions ».
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Friday, June 09, 2006

ICH BIN EIN DUBLINER

Maurice G. Dantec Montréal - Dublin, avril/mai 2006
Quelques mois après le lancement de Babylon babies aux Etats-Unis, consacrant sa première traduction américaine à moins d'un an de son adaptation à Hollywood (début du tournage début 2007), Maurice G. Dantec, traduit en 15 langues, était l'auteur le plus attendu du festival littéraire franco-irlandais de Dublin.
Il livre pour Ring l'exclusivité mondiale de cette conférence bilingue sur le thème de l'évènement, 'Living together'.

I) Modern technology, its impact on the way we Live Together

Bonjour à vous tous et toutes, merci de votre accueil et de votre hospitalité, merci de votre présence.
Lorsque j'ai reçu l'invitation à votre Festival, il y a quelques mois, vous ne pouvez imaginer la joie qui s'est emparée de moi. Je connais un peu votre pays et je suis déjà passé par Dublin. Mais au-delà de cette anecdotique et touristique rencontre, je vais être dans l'obligation, lors de cette introduction, d'évoquer les notions d'identités multiples, d'exil, de civilisation franco-britannique, romano-celtique, atlantique, bref, d'une manière impromptue, il se trouve que la thématique de l'année 2006 « Convivialité, Living Together » recoupe, « surcoupe » aurait dit Gilles Deleuze, celle des années précédentes, comme ligne de fuite de ma propre existence, et comme point d'impact central de l'existence de nous tous : writing Europe : autant dire écrire sa fin, sa transformation planifiée par la bureaucratie bruxelloise comme par les bourgeoisies compradores en Non-Europe, en Zeropa-Land, en Non-Civilisation. La Mémoire aujourd'hui : que reste-t-il de la mémoire quand elle n'est plus qu'un effet spécial des protocoles commémoratifs dont le but est précisément de propager une paradoxale amnésie basée sur un « devoir de mémoire » qui, au lieu de toujours remettre en mouvement la pensée et la critique vivante, s'est converti dans la fixité de l'image d'Épinal et l'humanisme de salon de coiffure ? Tensions futures : il est clair qu'un tel thème va « sous-tendre » tous ceux qui suivront, car la tension c'est aujourd'hui qu'elle s'actualise comme un étirement infini entre tous les possibles, et si possible les pires.
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Saturday, April 08, 2006

MOI M'EXCUSER BEAUCOUP

M.G. Dantec pour RING
Montréal, le 5 novembre de l'An de Grâce 2005

Il semblerait que depuis une dizaine de jours une série d'incivilités mineures soit commise dans les " quartiers " de la conurbation parisienne.
Je ne vois franchement là aucune raison de s'inquiéter.
Au contraire, je crois le moment venu de présenter mes excuses, les plus plates, à tous ceux qui ont su me remettre à ma place, lors du premier semestre 2004, après que j'eus d'une manière insupportable communiqué par e-mail avec des gens qu'il ne fallait pas, au moment où il ne fallait pas, avec les mots qu'il ne fallait pas. Oui, moi m'excuser beaucoup, beaucoup vraiment, surtout auprès d'Arnaud Viviant et de Jules Joffrin, pour avoir ainsi osé déformer à ce point la vérité, radieuse et tranquille, de ce pays qui est - authentiquement - la Lumière des Nations.
Apprenant par la presse l'assassinat d'un inspecteur de réverbères devant les yeux de sa femme et de sa fille, parce qu'il venait d'empiéter impunément sur la propriété privée de trois " jeunes des cités " - un bout de trottoir - je me suis dit qu'avant cette cure de rééducation médiatico-idéologique qui me fut donnée à partir de janvier 2004, j'aurais probablement cédé à une absurde colère et lancé un anathème injurieux sévèrement sanctionnable - du type " bêtes sauvages ".
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Tuesday, April 04, 2006

PAS UN G.I. NE DOIT MOURIR POUR JOSE BOVE

Publié dans la revue CANCER en décembre 2002 et sur subversiv.com

Quinze jours après les attentats du onze septembre, un torchecul nanarchiste québécois dénommé Le Trouble affichait en première page, sous une photo des tours en train de s'effondrer - les mots suivants : " LA DESTRUCTION TOTALE DES ÉTATS-UNIS EST NECESSAIRE À LA SURVIE DE L'HUMANITÉ ".

Nous n'épiloguerons pas des heures durant sur ce voltairisme perruqué qui s'est trouvé un nouveau look avec le sportswear-de-combat-de-rue agréé ATTAC, le nono-trotskysme a ici des émules jusqu'aux plus hauts grades universitaires, il n'est pas un analphabète marxiste local qui ne puisse citer par cœur son Chomsky ou son Bovidé, comme il y a 30 ans, lorsque des fils de bourgeois décérébrés par leurs mauvais trips à l'acide revenaient de Chine Populaire le Petit Livre Rouge à la main, et un volume analogue d'inepties criminelles à la bouche.

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Friday, March 31, 2006

LA FRANCE QUE J'AIME EST MORTE

Publié sur RING
Entretien avec Elisabeth Lévy

Exilé à Montréal, l'enfant terrible de la littérature française est en colère. A son sens, la position anti-interventionniste de notre pays en Irak est inacceptable. L'auteur du « Théâtre des opérations », qui vient de publier« Villa Vortex » (Gallimard), s'en prend notamment à Jacques Chirac et à Dominique de Villepin avec une violence rare.

LE POINT : Vous publiez, dans la revue Cancer, un texte dont le titre - «Comme en 40» - dit assez votre colère, voire votre mépris. Que vous a fait ce pays, votre pays ?

DANTEC : La France, je l'ai en quelque sorte vue à l'oeuvre dans le ventre de ma mère. Communistes, mes parents sont entrés en dissidence après l'invasion de Prague. Lieutenant dans les FTP à l'âge de 17 ans, mon père, après la guerre, est allé à l'Ecole des journalistes du Parti. Détaché à l'Assemblée nationale, il a vu ce qu'était la IVe République : Mitterrand ordonnant la répression en Algérie, Ramadier faisant tirer sur les grévistes en 1947. Il m'a aussi parlé avec un humour un peu désespéré des résistants de la vingt-cinquième heure, la pantalonnade de la Libération. Puis j'ai moi-même vécu ou subi le mitterrandisme, ce moment où tous les anciens situationnistes sont devenus ministres. Enfin, il y a eu la guerre en ex-Yougoslavie. A mon retour de Bosnie, la France était donc déjà à demi enterrée dans ma tête. Le Kosovo a été le summum : après des années de massacre, la communauté dite internationale se réveille et parvient à monter une opération de l'Otan, et même Philippe Muray, dont je partage pourtant les analyses sur l'Empire du Bien, s'indigne.

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"JE SUIS SIONISTE ET JE LE DIS"

Une interview de Maurice G. Dantec réalisée en février 2004 par l'agence de presse franco-israélienne Guysen News, qui refusera de la publier, prétextant une référence à Léon Bloy. Alors que Dantec voit en Bloy un "authentique chrétien sioniste", Guysen l'a définitivement rangé dans les rangs des plus ignobles antisémites...
Publié sur RING

FRANÇOIS MEDIONI: En premier lieu, qu'est-ce qui vous a motivé à entrer en contact avec les Jeunesses Identitaires ?

MAURICE G. DANTEC : Cette mouvance est un rassemblement hétéroclite de jeunes gens perdus de l'Occident post-moderne. J'ai moi-même, étant jeune, il y a un peu plus de 20 ans, fréquenté durant un ou deux ans cette mouvance. Mon idée était d'entamer un dialogue ouvert et critique pour que les Identitaires aillent au bout de leur réflexion et comprennent la nécessité de l'unité mondiale des Chrétiens, du combat aux côtés de l'Amérique Impériale et du Royaume d'Israël contre l'alliance Verts-Bruns-Rouges.
En dépit de la propagande néotrostskiste des médias du pouvoir, ce ne sont pas des NAZIS : en effet, aujourd'hui les Nazis soutiennent ouvertement l'islam radical et se regroupent avec l'extrême gauche anarchiste, comme c'est le cas à grande échelle, vous le savez sans doute, en Californie. Visitez Aryan Nation, un exemple, puis les sites affiliés aux Identitaires, et établissez sans crainte les comparaisons, et les différences : elles sont sans compromis, me semble-t-il. D'autre part, et au-delà même de cette distinction, j'ai bien spécifié dans mon communiqué TOUT ce qui m'OPPOSAIT aux Identitaires, et sur des sujets non négligeables : comme l'Amérique ou Israël. Mais en France, vous n'avez le droit de vous adresser qu'à ceux avec lesquels vous êtes d'ACCORD, ou qui font CONSENSUS. J'aurais dû envoyer ma lettre au Dalaï-Lama, ou à Jacques Chirak le Bienheureux, rien ne me serait arrivé.

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IVEME GUERRE MONDIALE ET MACHINES DE IVEME ESPECE

Texte paru sur la revue canadienne EGARDS et sur RING
IVe GUERRE MONDIALE ET MACHINES DE IVe ESPÈCE. La guerre des Mondes ou la Grande Guerre Civile Planétaire
par Maurice G. Dantec

Conférence du 12 octobre 2004,donnée à Bibliothèque Nationale du Québec, Montréal,avec la participation de laChaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques,et la fondation Métropolis Bleu.

1) de la IIIe à la IVe guerre mondiale, 1989-2001, l’inter-règne invisible : de Berlin à Sarajevo, de Kaboul à New York.
Les phénomènes les plus importants sont toujours les événements invisibles, ou plutôt les événements non vus, non lus pour ce qu’ils sont réellement au moment où ils surviennent.
Le phénomène le plus mal compris de notre époque, je devrais dire : l’événement resté non vu de nos contemporains, est pourtant fort récent, et il a été accompagné de la cohorte désormais habituelle des caméras de télévision.
Ainsi, alors que, précisément, tout le monde pouvait voir ce qui se produisait, personne ne l’a vu, alors que tout le monde avait la chose sous les yeux, les yeux se sont détournés prudemment de la chose, afin de contempler avec émerveillement l’émergence alors considérée comme essentielle au devenir de l’humanité de l’économie.com.
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Tuesday, March 28, 2006

MEUH 68

M.G. Dantec pour RING

Les dernières images en provenance des manifestations anti-CPE semblent arriver à point nommé, alors que le philosophe Philippe Muray vient de nous quitter.

Les "Mutins de Panurge" confrontés, une fois n'est pas coutume, à l'insupportable irruption du RÉEL. Des services d'ordre gauchistes demandant l'aide de la Police. La "solidarité" des générations Mitterrand enfin photographiée sous tous les angles, et ne donnant à voir qu'une seule image : Le crétinisme avancé (comme on dit de la viande avariée) de la racaille contre la stupidité instruite des syndicalistes professionnels. L'absence de toute réaction organisée contre les "potes" pour lesquels une femme ne vaut pas le prix d'un portable. La HAINE enfin filmée, mais en "live", sans la mélasse protectrice des discours bien pensants.

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Tuesday, March 14, 2006

LA HAYE DU DESHONNEUR

M.G. Dantec pour RING

Il sera difficile de verser la moindre larme sur la dépouille de l'homme qui vient de mourir à La Haye. Sorte de Ceaucescu balkanique, il avait hérité du communisme les mêmes tares que celles qui allaient conduire son compère de Transsylvanie et sa femme face à quelques fusils d'assaut peu enclins à la clémence. Comme ce dernier, il était la marionnette d'une sorcière marxiste-léniniste qui s'octroyait des diplômes universitaires et prétendait jouer la Messaline rouge du petit Empire yougoslave.
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Monday, March 13, 2006

LA CHOSE VENUE DE NOTRE MONDE

M.G. Dantec pour RING

Il y a trois mois, Maurice Dantec m'annonçait son intuition d'un fait divers particulièrement immonde, d'un crime technique et abject qui allait, selon lui, traverser l'actualité française des prochains mois. Un fait divers qui allait éventrer et retourner les tripes de la nation. Lui racler ce qui lui reste de coeur, déclenchant sans doute une nouvelle vague vers le raz-de-marée de la prise de conscience. Je me souviens que ce soir-là, il me racontait son retrait progressif du champ de la colère et de la glace qui commençait à l'envahir. Je me souviens aussi parfaitement de cette phrase. "Je les aurais assez prévenu. Mais le Français commence à avoir peur le jour où il sent le canon froid du Beretta se poser contre sa tempe."
Enfin, là je crois qu'on s'emporte un peu.
Seulement 23 jours de nuit totale (adhésif jamais retiré de son visage et de ses yeux), terrorisé, interdit d'usage des toilettes, nu, affamé, frigorifié, nourri par une paille. Son corps sera torturé, massacré d'impacts et de brûlures de cigarettes jusqu'aux parties génitales. Sa chair dès lors à vif, Youssuf Fofana lui "nettoyera à l'acide" après avoir commencé à lui trancher la gorge et à lui infliger des blessures au couteau (non mortelles). Ilan est encore vif et conscient. Il va jusqu'à faire entendre ses hurlements à ses parents par téléphone. Il sera ensuite aspergé d'essence par Youssuf Fofana qui mettra le feu au corps d'Ilan, brûlé vif sur 80% du corps avant d'être jeté baillonné menotté yeux bandés, toujours nu, sur des voies ferrées. Ilan se traînera plusieurs heures dans les bois, avant d'arriver à un grillage, puis près d'un chemin de fer avant que des passants ne le découvrent vivant et agonisant au petit matin. Incapable de s'exprimer, il décède dans l'ambulance. "Le pire des tortures n'a pas été révélé et je ne veux pas être le premier à le faire" disait ces jours derniers un policier. Oui, nous vivons une époque formidable.
Des milliers de français attendaient une réaction de Montréal. Après les larmes et les hurlements, la voici dans son intégralité.
David Kersan



LE TRAIN

Société Néonationale des Civilités Ferroviaires
Comme le fait remarquer mon distingué collègue, processeur de liposophie, Pierre Marcelle, pour le fabriquant de papier-toilettes Libération : « on ne dira pas qu'il ne s'est rien passé dans le train express 17430 reliant Nice à Lyon à l'aube de l'an neuf ». Admirons d'emblée la fluidité jésuitique et l'exquise coprolalie du style inénarrable de cet ami, professionnel de la communication d'État.
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ANUS MUNDI

M.G. Dantec pour RING

Un livre récent paru chez Calmann-Lévy, « Les voix sous la cendre », nous invite à prendre connaissance de l'indicible, de ce qui n'a jamais pu être nommé, de ce qui ne le pourra sûrement jamais. Les sonderkommandos des camps de la morts nazis, souvent obligés de faire partir en fumée les corps de leurs propres parents et enfants sortis tout violets-cyanosés de la chambre à gaz, parvinrent à laisser, cachées sous les cendres des crématoires, des lettres où, si cela revêt quelque sens, ces hommes conduits au-delà, ou plutôt en deçà de l'humanité, tentèrent de laisser un témoignage de ce qui, « ici », dans ce « non lieu » exorbité du temps, cet « anus mundi » situé à l'extrême limite du monde connu, et même partiellement éjecté hors de ce monde, était systématiquement accompli chaque « jour ».
Je n'évoque cela que pour que l'on ne se méprenne pas sur ce que je vais essayer de dire : nous sommes nés « là-bas ». Nous sommes les enfants de la cendre, les enfants de nulle part, de ce jour indéfini, sans cesse recommencé, ce jour rendu analogue à la nuit, ce jour rendu analogue à la mort. Nos vies se sont construites sur cette destruction générale, comme point d'ancrage préliminaire, comme tête de ligne. Nos vies se sont élaborées sur l'anéantissement de la vie.
Si nous sommes les enfants de personne, il nous faut bien l'entendre sous toutes ses acceptions : nous sommes les enfants de personne cela veut dire que nous ne sommes pas les enfants de quelqu'un de particulier - j'entends ici bien sûr : de deux singularités humaines - mais bien de personnes devenues des non-personnes, nous sommes les enfants d'êtres humains transformés en nihil, en matière première indifférenciable, jetable et recyclable; si nous sommes les enfants de personne, des « nobody's children », cela signifie en fait que nous ne sommes absolument personne à notre tour et, plus terrifiant encore, que nous pourrions être absolument n'importe qui.
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Sunday, March 12, 2006

TOUT VA BIEN

M.G. Dantec pour RING
Don’t think twice, it’s allright.

Bob Dylan -
*
Tout va bien. Je me dis ces mots : tout, va, bien, alors que les images des corps déchiquetés par les attentats en Espagne défilent sur ce qui me tient lieu de lien avec le monde.
Nous sommes le 11 mars 2004 et tout va bien - me dis-je et me redis-je comme si quelque chose voulait me forcer à ne pas croire au mantra. Les derniers opuscules de Philippe-Christian Bobin-Delerm sont là, heureusement, pour me le murmurer à l’oreille.
Tout va bien. 200 morts, 1500 blessés. Plusieurs attentats réglés au chronomètre, en pleine foule, dont certains ont foiré, c’est tout.
Même les islamistes d’Irak ne sont pas allés jusque là.
Non-non-non. Allons-allons-allons, tout, va, bien. Je crois que vais m’abonner aux Inrockuptibles, qui se battent courageusement, à ce que je sais, pour sauver (ce qui reste de) l’intelligence nationale. Je devrais sans doute me rendre au prochain Festival de la Nanarchie, à Montréal, il est désormais officiel que la place de premier vendeur de non-fiction au Canada n’est occupée par nul autre que ce vieux farceur juif anti-juif de Noam Chomsky, maître incontesté de la déconstruction de la Parole, il me faudrait peut-être aller voir Les Invasions Barbares au cinéma, les critiques des journaux en ont dit le plus grand bien. Je crois que je vais croire à un monde sans Dieu, je crois que je vais croire à un monde où TOUT VA BIEN.
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